Partager l'article ! M. LE PEN : faire du vieux avec du neuf par Olivier Rouquan Politologue: Le discours de M. Le Pen reste un discours protestataire ...

Le discours de M. Le Pen reste un discours protestataire anti-establishment, qui dénonce le système des partis, qui véhicule une pensée du soupçon – on ne nous dit pas tout, la catastrophe est pour demain,… -, et fait paradoxalement de son exclusion du pouvoir, un argument en faveur de sa crédibilité. Le nationalisme reste le socle de l’idéologie frontiste - préférence nationale, fin des flux migratoires,… -. Il se veut seule vérité intangible – recours aux métaphores scientifiques - ; et son éventuelle évolution au vu de la mondialisation, est par avance perçue comme une dénaturation. Le constat du mauvais état social et politique du pays pour cause d’ouverture libérale - politique et économique -, vaut leitmotiv. L’Union européenne est dans cette pensée, la boîte de pandore de la dilution identitaire. Il faut donc selon M. Le Pen en sortir, en finir avec l’Euro et retrouver la souveraineté nationale.
La récupération de l’héritage culturel de la gauche (V. Hugo, pro-européen confirmé – sic-, et même Lénine), est désormais une tactique connue, déjà utilisée par l’UMP. Elle sert à doubler les forces « progressistes » sur leur terrain et à propager une image de représentation d’Unité nationale mythifiée – d’ailleurs abordée dans l’interview de N. Caudeville -. Pour autant, l’inflexion vis-à-vis des beurs de la troisième génération, la référence à l’héritage individualiste, ne changent pas le caractère clos de la société promue et le rejet de l’héritage fondamental de la Révolution : l’universalisme. Du reste, la pré-candidate se confiant, les références plus traditionnelles de la droite populiste ressortent : évoquant l’extrême gauche, elle mentionne « des hordes » ; elle moque la fragilité du personnel politique actuel, valorisant à contrario sa force, conséquence notamment de son histoire familiale…
Ainsi, le discours de M. Le Pen innove peu et surtout, il ne répond pas concrètement aux préoccupations des Français. Il ne permet pas de cerner en quoi ce parti est prêt à occuper le pouvoir pour apporter des solutions. Il permet par contre de comprendre à quel point il est normalisé, au sens où sa première voire sa seule arme, est la communication politique. Ses éléments de langage deviennent ainsi plus lissés – recours au vocabulaire de la performance, de la « juridicisation »… -. En ce sens, le FN utilise exactement les méthodes de ceux qu’il dénonce. Il met davantage « la com. » au service de la contestation et non de la construction de possibles, ce qui en temps prolongé de crise sociale et économique, est électoralement efficace. Mécontent, l’électorat protestataire pourrait à nouveau choisir de faire « turbuler » le système ; mais dans sa majorité, est-il dupe de l’art ainsi manié de la simulation et de la dissimulation ?
Et si la parade pour les partis de gouvernement, consistait à réorganiser très rapidement leurs structures de leadership, et à faire moins de « com. » ? Au PS, le toilettage des primaires n’indique pas que cette option ait été choisie… A l’UMP, le fait que l’organisation de la future campagne soit déjà en place à l’Elysée, non plus. Dans ces conditions,…
Il y a peu Laurence Théault interviewer Olivier Rouquan sur RFI au sujet des forts
chiffres de sondages de Marine Lepen:le lien
http://www.rfi.fr/france/20110310-interview-politologue-olivier-rouquan-sondages-politiques
Sur Olivier Rouquan voir aussi
http://www.rouquansciencepo.fr/
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