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Pré-campagne présidentielle : début 2012, la gauche face à ses fragilités ; la droite dans l’incertitude
La pré-campagne a vraiment commencé ; si les candidats se sont pas encore officiellement en lice, le recueil des 500 signatures n’étant pas achevé, ils multiplient les « coups » de communication leur permettant de tester leurs « présidentialités » respectives. Comme lors de chaque échéance, le tri des « officiels du spectacle » est donc en train de se faire… L’occasion est donnée en ce début d’année, de dresser un état des lieux des stratégies de campagne.
Après leurs désignations par des primaires séparées, la candidate EEVL E. Joly, puis le candidat socialiste F. Hollande, n’ont pas bénéficié d’un effet d’entraînement déterminant. La première est handicapée par la configuration de son parti, dont la culture n’intègre pas les exigences d’une présidentielle. C. Duflot se prépare déjà pour 2017 et soutient avec ambiguïté la candidate désignée... Le regard se porte alors logiquement sur le PS : lui aussi développe à priori une culture politique axée sur le débat et la délibération permanents ; mais avec F. Mitterrand après 1971, le PS s’est adapté au système présidentiel. Les années 90 ont néanmoins eu un effet délétère sur l’Unité1. En fait, parfois sclérosé par son localisme, d’autres fois éloigné des préoccupations du fait de son appareil élitaire perçu comme trop élitiste, le PS vit difficilement l’exigence de présidentialisation.
Limite des primaires
L’effet de la primaire reste à cet égard assez limité : devant à la fois susciter la mobilisation et unifier le parti en vue de l’échéance de 2012, le dispositif a réussi le premier pari ; mais pour l’instant, il semble buter sur le second. Deux mois après sa survenance, la primaire n’a pas permis de renforcer l’autorité du présidentiable. Le choix des investitures pour les législatives et les négociations avec les Verts, indiquent qu’un certain flottement perdure. F. Hollande a tenu à faire savoir qu’il se délestait de ces questions d’appareils.
Prenant de la hauteur au nom de la fonction à laquelle il prétend ; il n’a, revers de la médaille, pas pu démontrer son autorité et sa fermeté de caractère. Il n’a donc pas rassuré l’opinion sur une question qu’elle se pose consciemment ou pas : la gauche a-t-elle profité des dix dernières années pour consolider sa cohérence afin de gouverner durablement, sans être minée par ses divisions ? L’urgence et la gravité de la crise renforcent l’exigence de solidité – ne parle-t-on pas à nouveau de Gouvernement d’union nationale ? -, alors que dans les mentalités, le Président reste un chef (de l’État) : il doit savoir imposer ses orientations.
Rééquilibrages
Sur ce plan, N. Sarkozy - privé de popularité -, développe plus qu’une aptitude : une inclination… jusqu’à l’excès. Il semble que l’Élysée se donne les moyens de barrer l’accès de certaines pré-candidatures à la présidentielle : Ch. Boutin qui s’en plaint ouvertement ; D. de Villepin et d’autres encore, en feront-ils les frais, après que J.-L. Borloo ait renoncé ?
La politique étrangère et la crise financière donnent également au chef de l’État l’occasion de valoriser sa compétence décisionnelle : donner un cap en temps de tempête, voici qui constitue le charisme de fonction. La communication politique a permis ainsi de consolider la stature de N. Sarkozy lors des différents conseils européens et lors de l’intervention en Lybie. Entamée il y a plus d’un semestre, cette évolution symbolique semble efficace : en intentions de votes, N. Sarkozy rattrape un peu de son retard, même s’il semble stagner à nouveau - mi-décembre - ; en image quant à la stature, il dépasse désormais le présidentiable socialiste – qui baisse continument en intentions de vote même s’il reste leader -…
Des satellites encombrants ?
M. Le Pen en reste pour l’instant à sa base, élevée, de 19% environ au premier tour. Quelques mois après son investiture, elle est donc ancrée dans le paysage ; elle a réussi la transition de leadership au FN, conservant un profil tribunitien – parler « populaire » en contestant le système - tout en normalisant un peu l’apparence du parti – l’effet de style fonctionne pour le moment, mais peu de choses changent sur le fond -.
Ces intentions de vote ajoutées à celles des autres pré-candidats « satellites », renforcent l’incertitude marquant ce début de campagne. Ainsi, la percée tribunitienne de F. Bayrou est-elle durable ? 10 % en quinze jours après déclaration : l’effet d’un regain de visibilité est immédiat. Est-il solide, dans la mesure où les alliés manquent ? Par ailleurs, portée par les médias, à qui profitera cette présence au premier tour ? J. L. Mélenchon creuse lui aussi son sillon, mais ne décolle pas : donné à 6-7% des intentions, il joue cependant son rôle, ayant installé son style. Il doit d’ailleurs veiller à limiter les effets de l’annonce de candidature de J. P. Chevènement. Ce dernier retrouve des couleurs patriotiques, alors que l’incurie européenne lui offre une fenêtre de tir inespérée. Il est donc à nouveau visible, comme D. de Villepin : leurs démarches aboutiront-elles ?...
Ainsi, la fin de l’automne a permis un retour à la réalité politique : suscitant toujours un rejet fort dans l’opinion publique, le Président apparait comme un candidat crédible – jusqu’à 25% au premier tour, contre 20% il y a six mois -. F. Hollande est revenu à des estimations plus raisonnables, une fois passée l’euphorie « sondagière » liée aux primaires ; la bataille sera rude pour le présidentiable le mieux placé des gauches, du fait de leur émiettement. Il doit aussi consolider son incarnation du pouvoir d’État. Afin de retrouver une dynamique ascendante, le début d’année sera pour lui stratégique. Enfin, les pré-candidatures tribunitiennes nombreuses et créditées d’intentions de vote très fluides, indiquent que la « présidentialité » des profils de Gouvernement ne suffit pas : le contexte et le climat sont ceux d’une crise politique, économique et sociale. Ainsi, à cinq mois du scrutin, alors que les signatures ne sont pas obtenues et que le Président sortant n’est pas déclaré, le déroulement de la campagne demeure imprévisible.
Olivier Rouquan – politologue, enseigne le droit constitutionnel et la vie politique à ISMaPP
Débat avec Olivier Rouquan, Henri Sicre et François Calvet
- "Les stratégies présidentielles en France : constantes et variables au vu de la crise de la représentation", Revue Politique et Parlementaire, n°1060, dec. 2011.
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